Cristiano Ronaldo 2016: Une nouvelle réalité pour Zidane

Cristiano Ronaldo 2016: Une nouvelle réalité pour Zidane

Depuis l’explosion de Ronaldo à Manchester United et sa naissance comme système offensif, le portugais est surtout identifié pour sa capacité à marquer une énorme quantité de buts. La variété dont il dispose pour trouver le chemin des filets, la qualité de ses déplacements et sa détermination à marquer ont crée la conviction qu’il s’agissait d’un buteur qui allait tôt ou tard, abandonner l’aile gauche pour se muer en avant centre.

Chaque année le débat revient, et s’il a démontré durant les dernières saisons qu’il était encore apte à faire la différence sur de grandes distances, la dernière année de compétition disputée sous les ordres de Zinedine Zidane invite à penser qu’il en est désormais uniquement capable de manière ponctuelle.

En effet, plus qu’une question de position, c’est une question de distance qui existe autour de Ronaldo. On a vu cette saison, notamment face au Borrussia Dortmund à Santiago Bernabeu, et face au FC Barcelone au Camp Nou, dans des matchs ou le Real a opté pour un repli et un jeu en contre attaque, que le Ballon d’Or 2016 n’est plus en mesure d’intimider sur des longues courses et que cette approche a perdu en efficacité. L’astre portugais en est bien conscient et il a lui même opté pour une série de décisions qui visent à optimiser son rendement.

Arrivée comme un attaquant avec une participation notable dans le jeu, Cristiano a graduellement diminué son implication dans la circulation du ballon, au point de devenir un attaquant qui parait régulièrement isolé. Sa présence dans les combinaisons à baissé et sa capacité à offrir la dernière passe est également en diminution. Il  est à la fois moins présent dans le jeu et moins décisif sur le plan associatif, premier signe fort que le numéro 7 merengue s’est éloigné des taches d’élaboration.

passes-vs-key-passes-large
Nombre de passes tentées comparé aux nombre de passes clés offertes durant 90 minutes en Liga. La saison 2016-2017 comptabilise les 18 premières journées de championnat. La ligne est une référence: 1 passé clé donné toutes les 20 passes réussies (20%)

En plus d’avoir diminué sa participation dans la création, le portugais a également graduellement réduit son volume de dribble. Arrivée de Manchester United comme un joueur très incliné à tenter de déséquilibrer balle au pied, Ronaldo se présente désormais comme un joueur dont le dribble est devenu un outils ponctuel. Son efficacité reste conforme au niveau montré depuis sa signature au Real (entre 40 et 55%), mais son évolution physique et notamment sa perte d’agilité, l’ont conduit à s’éloigner de ces taches afin de laisser le déséquilibre à ses coéquipiers.

.

dribbles-tentes-par-saisons-large
Dribbles tentés durant 90 minutes en Liga. La saison 2016-2017 comptabilise les 18 premières journées de championnat

S’il s’est clairement éloigné du jeu et des taches d’élaborations, c’est aussi parce que Ronaldo s’est instinctivement rapproché du but. On en trouve une preuve forte lorsqu’on s’attarde sur la répartition des tirs en fonction de la zone. Il fut un temps ou Cristiano Ronaldo tentait davantage sa chance à l’extérieur de la surface qu’à l’intérieur. Au point même, d’en agacer certains supporters. Mais ce temps est révolu. Depuis la première saison de Carlo Ancelotti comme technicien merengue, le champion d’Europe en titre a inversé la tendance et s’exprime principalement à l’intérieur des 18 mètres. On note également une augmentation du volume dans les 6 mètre, signe que le ballon d’Or portugais est désormais bien plus concentré sur la finalisation.

tirs-en-fonction-de-la-zone-large
Répartition des tirs tentés par Ronaldo en Liga (hors penaltys), en fonction de la zone sur le terrain. La saison 2016-2017 comptabilise les 18 premières journées de championnat.

En addition de ce rapprochement de la surface de réparation, on peut constater que Ronaldo maintient un volume de tir conforme à ce qu’il montre depuis son arrivée à Madrid. Une projection sur la saison 2016-2017 entière le positionne au delà des 100  tirs. En terme d’efficacité en revanche, les chiffres du portugais laisse à penser qu’il est en baisse. Comme l’atteste les saisons 2013-2014 et 2015-2016, Ronaldo n’est pas par nature un buteur clinique. Il a dépassé une seule fois la barre des 25% (un but tous les 4 tirs dans la surface hors penalty) et a démontré au fil des années qu’il avait besoin de volume pour exprimer ses talents de buteurs.

tirs-vs-taux-de-conversion-large
Nombre total de tirs tentés dans la surface (hors penaltys) opposé au taux de conversion (%) en Liga. La saison 2016-2017 comptabilise les 18 premières journées de championnat.

Ce besoin de volume associé à évolution, sont sans doute ce qui a poussé Zidane a opter pour un mode d’attaque différent à ceux choisis par ses prédécesseurs.

En 2010, Mourinho avait construit le système offensif de son Real Madrid sur la capacité de Cristiano à imposer sa loi dans les grands espaces. A son arrivée en 2013, Ancelotti a suivi une direction similaire, en mettant l’accent sur la mobilité du n° 7 merengue dans l’animation de l’équipe. En 2016, Zidane s’est à son tour adapté et a mis en place un style d’attaque qui permet à Ronaldo d’exprimer le domaine dans lequel il reste une référence : Les centres.

centres-tentes-vs-centres-reussis-large
La saison 2016-2017 comptabilise les 18 premières journées de championnat. La ligne est une référence: 1 Centre réussi pour 4 centre tentés (25%).

Le Real centre beaucoup. Depuis l’arrivée du portugais Madrid, l’équipe tente plus de 20 centres par rencontre. Mais on peut aussi constater qu’un accent particulier y est mis depuis la saison 2013-2014, saison durant laquelle les merengue passent aussi un cap en terme d’efficacité dans cet exercice. Mais plus que le volume, c’est l’importance du centre dans le discours offensif de l’équipe qui a fortement augmenté.

repartitions-des-assists-large
Valeur des différents types de passes décisives dans la production offensive du Real en Liga. La saison 2016-2017 comptaibilise les 18 premières journées de championnat

Durant les premières trois saisons de Ronaldo avec  le Real, le club espagnol s’est autant appuyé sur les centres que sur les passes en profondeur, mais les choses ont prit une direction très différente par la suite. Depuis la première saison de Carlo Ancelotti, la base du discours offensif du Real est clairement l’utilisation du centre. Et avec Benitez, puis Zidane, le Real a atteint un point ou l’équipe produit presque six fois plus de buts via des centres que grâce aux passes en profondeur. De manière encore plus significative, la saison dernière, le Real a créé plus de passes décisives grâce aux corners que grâce aux passes en profondeur. Et cette saison, le club madrilène se montre également plus productif sur corners ET sur coup de pied arrêtés que sur les passes en profondeur. Clairement, le jeu dans l’espace est à son plus bas chez les Champions d’Europe.

Cette énorme baisse dans l’utilisation des passes en profondeur au profit des centres va évidemment de pair avec l’évolution de Ronaldo, qui, comme mentionné plus haut, a vu sa capacité à marquer en partant loin du but adverse grandement diminuée durant les dernières années. Le portugais est moins apte à faire la différence en partant éloigné du but, et de ce fait, le club s’est graduellement adapté. En addition, il faut aussi noter que durant cette période, Le Real s’est séparé de Gonzalo Higuain, puis Mesut Ozil, et a recruté Gareth Bale. Ce qui constitue un changement important dans le style offensif de l’équipe.

Pour que l’utilisation des centres devienne un plan viable et fonctionnel, Zidane a également pris la décision de pousser d’avantage Bale, Benzema et Morata (qu’il a insisté pour garder cet été) dans la surface de réparation. Le but ? Créer un surnombre d’attaquants de très grande qualité avec la conviction que tôt ou tard, l’un des centres finira par être transformé en but. Cela est particulièrement évident dans le cas de Karim Benzema.

tirs-vs-buts-large
Tirs tentés opposé au buts marqués durant 90 min par tous les joueurs du secteur offensif des cinq grands championnats ayant pris part à au moins 50% des matchs. La saison 2016-2017 comptabilise les 18 premières journées de championnat.

Si pour Bale et Ronaldo, l’augmentation du volume est minime (5% pour le gallois et 13% pour le portugais), Benzema a quasiment multiplié ses tentatives dans la surface par deux entre la saison 2014-2015 et la saison 2015-2016. Ce qui témoigne clairement que l’entraineur français cherche à peupler la surface de réparation pour multiplier ses options. Les chiffres pour la saison en cours montre que la tendance est maintenu. Même si Benzema apparaît loin de la saison passée, le volume crée par la BBC reste à la hausse comparée aux saisons pré Zidane.

Cette grande présence dans la surface démontre que le plan offensif est désormais clairement de peupler la surface de réparation et de centrer et le taux de conversion de la BBC invite à penser que c’est un choix très cohérent. Gareth Bale est passé de 18,5% à 34% de conversion (!), Benzema est stable autour de 27% et Ronaldo de 27% de 17%. Même en tenant compte de la baisse significative d’efficacité du portugais et la progression anormale de Bale, les chiffrent présentent un trio offensif dont seul s’approche la MSN en termes de volume et de taux de conversion sur la saison 2015-2016. Pour la saison actuelle, en revanche, le constat est beaucoup moins encourageant. La BBC présente un volume de tirs dans la surface qui la démarque clairement du reste, mais son niveau d’efficacité ne la situe pas parmi l’élite. Du moins après 18 journées de championnat.

Face à l’inévitable transformation de CR7, qui a désormais laissé place à CR9, Zidane a donc a mis en place un plan de jeu offensif visant à maximiser cette nouvelle version de Ronaldo, qu’il a clairement consolidé en poussant Benzema et Bale à se montrer plus présent dans la surface. En s’appuyant  sur des centreurs de qualités présents dans les trois axes du terrain et la nature de ses milieux de terrain, enclin à évoluer derrière la balle, qui forme un filet de récupération pour les centres renvoyés, Zizou a également consolider son idée de jeu en donnant un sens à chaque pièce de son effectif, permettant au Real de fonctionner de manière identique en cas d’absence de joueurs importants, Ronaldo inclus.

La partie décisive de la saison mettra à nouveau à l’épreuve la viabilité de ce plan, mais après un an à la tête du Real, force est de constater que le technicien français s’est clairement adapté à son effectif ainsi qu’à ses meilleures joueurs. Et c’est bien là sa mission principale.

 

 

 

Real Madrid 2016-2017: Analyse d’un mercato discret

Real Madrid 2016-2017: Analyse d’un mercato discret

En remportant sa première Ligue des Champions seulement six mois après avoir pris la tête de l’équipe, Zidane s’est montré capable, au moins sur le court terme, d’unir un groupe de joueurs autour d’objectifs communs, avec une base collective solide. Pour cela, il a dû séduire et convaincre un effectif dont la largeur et la qualité est incontestable. A tel point que, l’entraîneur français avait tous les outils pour bricoler une équipe de circonstances, combative, rugueuse et confortable au moment de défendre, sans manquer de quoi que ce soit.

En effet, le Real n’a pas eu à entrer sur le mercato hivernal pour trouver des éléments tels que Nacho, Casemiro ou Lucas Vazquez, révélés cruciaux. Ces joueurs étaient déjà à disposition dès le mois d’août 2015. Et la richesse du groupe ne s’arrête pas là. Le soir de la finale de la Ligue des Champions 2016 face à l’Atletico Madrid, Zidane en plus de pouvoir compter sur son équipe titulaire, disposait d’un banc de touche composé de Danilo, Isco, James Rodriguez et Jésé Rodriguez.

Dans ce contexte, il est facile de comprendre la discrétion du Real durant ce mercato d’été 2016. En renforçant l’effectif premièrement assemblé par Florentino Perez en 2009 puis équilibré par Mourinho durant les trois saisons suivantes, le Real Madrid a atteint un tel niveau qu’il ne fait plus aucun doute sur sa capacité à affronter tous ses objectifs. Le club dispose d’un groupe d’au moins 17 joueurs ayant l’aptitude et les épaules pour disputer n’importe quel match d’envergure. Le but est donc, de l’améliorer par petite retouche et de le maintenir jeune. Clairement, le Real Madrid ne va plus sur le marché pour progresser, il y va pour se perfectionner.

Avec cette idée en tête, à la fin de la saison 2015-2016, deux postes nécessitent un changement évident : celui de poste de latéral gauche et celui d’avant centre.

A l’évidence, le club a pris un risque flagrant avant le début du dernier exercice en ne signant pas de vrai latéral gauche pour remplacer Marcelo. L’effectif comptait à ce moment là Alvaro Arbeloa, ayant joué de nombreux matchs à ce poste ainsi que Nacho, défenseur central de formation et qui a démontré une polyvalence certaine. Cependant, aucun de ces deux joueurs n’est équipé pour remplir un rôle plus moderne de défenseur gauche, en offrant à la fois amplitude et un minimum de débordement. Avec le départ d’Alvaro Arbeloa, il était donc indispensable pour le club de ne pas jouer avec le feu une deuxième saison.

En théorie, la mission n’était pas simple. Marcelo étant un titulaire indiscutable de par sa qualité, il s’agissait en réalité, de recruter un latéral gauche pleinement conscient du fait qu’il allait occuper un poste de remplaçant, mais également capable de se montrer fiable s’il est amené à jouer pour une longue période et/ou des matchs importants. Au vue de ces exigences, il n’est donc pas surprenant de voir le Real s’incliner vers un ancien recrutement de l’ère Mourinho : Coentrao. Le portugais, qui a effectué trois saisons au Real n’a jamais su s’installer ni convaincre sur le long terme. Barré par Marcelo et peu apprécié de la presse locale, il a pourtant disputé des matchs de très haut niveau avec le maillot du Real, dont notamment la finale de la Ligue des Champions 2014, face à l’Atletico Madrid. Sur le papier, l’idée de conserver le joueur, déjà sous contrat, a beaucoup de sens puisqu’il connaît une grande partie de l’effectif, le club et le championnat. Reste néanmoins des interrogations sur son retour de blessure et l’état d’esprit dans lequel il peut aborder une nouvelle saison en tant que doublure de Marcelo. Si Zidane se montre suffisamment compétent pour garder le joueur concentré et impliqué, le Real obtiendra alors un latéral gauche de renfort qui ferait rougir plus d’un titulaire des grands clubs européens.

En plus du poste de latéral gauche, le Real avait besoin d’aborder la question de la doublure de Karim Benzema. Après le départ confirmé de Chicharito Hernandez arrivé sous forme de prêt durant la saison 2014-2015, La direction merengue a souhaité confectionner son effectif en permettant à Jésé d’être la première option pour entrer en attaque, aussi bien sur les côtés que dans l’axe. Malheureusement, dans les faits, le désormais joueur du Paris Saint-Germain n’a pas été capables d’assumer ces responsabilités. Son interprétation du poste de numéro 9 n’a pas offert au Real la référence dont l’équipe et surtout ses coéquipiers offensifs avaient besoin. A tel point que, Benitez puis Zidane, se sont inclinés pour utiliser Ronaldo et Bale sur ce poste, avec des résultats différents.

Après un exercice où Benzema n’a disputé que 27 des 38 matchs de championnat, le Real avait la nécessité de trouver une solution plus rationnelle et compétitive pour suppléer le français. Là aussi, le recrutement était compliqué. Sur le plan footballistique, il fallait trouver un numéro 9 avec des qualités spécifiques, qui sait mettre ses coéquipiers dans les meilleures conditions. Cela veut dire être à l’aise dos au but, capable de servir de point d’appui pour son équipe, de se déplacer sur les côtés afin de libérer les espaces intérieurs pour Bale et Ronaldo, d’offrir un minimum de profondeur et bien évidemment, d’être capable de produire des buts. Le tout, dans un le rôle de doublure, avec le statut que cela implique.

Comme pour Coentrao, le Real disposait néanmoins d’une très bonne carte dans sa manche : Morata. En effet, son profil convient, même si certains doutes subsistent sur sa capacité de production. Encore faut-il discuter de son rôle… Après deux saisons à la Juventus, durant lesquelles il a explosé en s’affirmant avec de grands matchs en Ligue des Champions, l’attaquant espagnol se sent manifestement apte à assumer un rôle de titulaire dans un grand club et les offres ne manquent pas. On assiste à un sacré dilemme pour le joueur, qui se retrouve tiraillé entre son désir de jouer pour le Real et celui de trouver un club qui lui offre davantage d’espace. A défaut de lui promettre une titularisation, la direction merengue prend, malgré cela, une décision encourageante pour le numéro 7 de la Roja: Vendre Jésé. En procédant ainsi, le Real permet à Morata de ne pas se voir uniquement comme une doublure de Benzema, mais également comme une option privilégiée pour remplacer Ronaldo, qui a 31 ans, a promis « d’apprendre à se ménager». Un détail qui peut avoir son importance.

En plus de l’absence de Ronaldo, c’est sans doute celle de Karim Benzema, gêné par des problèmes de hanche, qui a poussé la direction merengue à proposer à Mariano Diaz de compléter la ligne des avant- centre. L’ex-buteur de la Castilla semble déterminé à tenter sa chance, du moins jusqu’à l’ouverture du mercato d’Hiver. Sans oublier que son profil assez particulier demeure un choix attrayant pour le club. Il permet à Zidane de compter sur un chasseur de but, énormément lié avec l’attaque des espaces, disposant d’un large arsenal au moment de conclure les actions. A bien des niveaux, le dominicain rappelle Chicharito Hernandez, qui s’est montré comme un bon joker sous les ordres de Carlo Ancelotti.

En addition et contre tous pronostics, le Real a également décidé de conserver Marcos Asensio dès cet été. L’attaquant espagnol a convaincu son entraîneur et son profil unique est un plus pour le groupe. Il est difficile encore de savoir quel espace le jeune Marco va occuper dans cette saison. Il est un excellent attaquant d’un point de vue associatif et participe énormément au jeu de son équipe, mais sa capacité à produire des buts demeure bien plus faible que ce montre le début de saison. S’il permet alors à Zidane d’obtenir un second gaucher pour compléter sa ligne d’attaquants, il est un joueur dont l’impact sur le résultat devrait le reléguer à un rôle secondaire.

Au delà du traitement des ces deux priorités, on peut aussi s’interroger sur l’absence d’un remplaçant de profil identique à Casemiro. Durant la pré-saison, Zidane disposait de Marcos Llorente, jeune milieu de terrain provenant de la Castilla, mais le jeune espagnol est finalement parti en prêt à Alaves pour jouer une saison pleine. Zizou a également communiqué à plusieurs reprises qu’il était impossible de recruter sans vendre au préalable. Il est donc possible que le poste soit finalement vacant à cause de la charge actuelle l’effectif et de l’incapacité ou la volonté du Real a ne pas forcer certains joueurs vers la sortie. Toutefois, Zidane s’est également exprimé sur le fait que Toni Kroos et Mateo Kovacic pouvaient occuper cette démarcation et le fait qu’il n’attribue pas spécialement d’importance au profil d’une seconde option est intéressant. Cela suppose, entre autres, que l’entraîneur français ne tient pas à disposer de deux joueurs de type ‘correcteurs’ devant la défense et qu’il apprécie le fait d’avoir de la variété.

Au final, le Real a très bien abordé la fenêtre des transferts, autant sur l’aspect financier que sur la qualité des joueurs recrutés. Les deux postes qui nécessitaient incontestablement un renfort ont été remplis par des joueurs de grande carrure. Le club a également décidé d’offrir à Zidane deux options de plus dans sa ligne d’attaquants. A vrai dire, les moyens du club et la qualité de la planification depuis le passage de Mourinho sont tels, que les champions d’Europe n’ont pas réellement eu à entrer sur le marché cet été. Mariano a été promu depuis l’équipe réserve, Coentrao et Asensio sont revenus de prêt et Morata était à une clause près de l’effectif merengue.

La vraie question concerne essentiellement le comportement du club au moment de rééquilibrer son effectif et de faire de la place à ses joueurs de calibre. Certainement influencé par la sanction FIFA qui leur interdit de recruter durant les deux prochains marchés des transferts (Hiver 2016-17 et Eté 2017), les merengue n’ont pas souhaité dégraisser, avec les risques que cela peut engendrer. Car dans l’hypothèse où le technicien français dispose de tout son groupe, des joueurs de grande qualité pourraient se retrouver non pas sur le banc, mais hors de la feuille de match. Imaginez un instant : l’équipe de la finale de la finale Européenne 2015-2016 est titulaire et Casilla, Danilo, Varane, Kovacic, Isco, James et Morata forment le banc de touche. Cela signifie, si tout le monde est disponible, que Yanez, Coentrao, Nacho, Lucas Vazquez, Asensio et Mariano ne figurent pas sur la feuille de match pour des simples raisons mathématiques. Ce genre de scénario reste très rare durant la saison et la densité du calendrier qui attend le Real va inévitablement pousser Zidane à effectuer des rotations, mais cela n’en demeure pas moins une possibilité. Et dans l’exemple cité, ce sont les joueurs de plus faibles statuts qui sont exclus, ce qui ne sera pas forcément le cas.

On est donc en droit de s’interroger. Est-ce gérable pour un entraîneur de s’occuper d’un groupe aussi large ? Zidane peut-il maintenir tous ses joueurs impliqués et déterminés ? Ou est-ce que le Real, inquiété par son interdiction de mercato, n’a pas poussé le concept de ‘super effectif’ trop loin, en se préparant pour cette nouvelle saison ? On le saura bien assez tôt. Une chose est sûre : Zinedine Zidane ne pourra pas échouer par manque d’options.

Effectif du Real Madrid 2016-2017:

Full squad

Un CPU comme sentinelle

Un CPU comme sentinelle

Après sa victoire en Ligue des Champions en 2014, le Real Madrid affirme sa volonté de prendre une nouvelle direction. Ancelotti et ses joueurs viennent de remporter la coupe aux grandes oreilles en se montrant supérieurs dans le jeu face à tous leurs adversaires. Pourtant, la direction merengue veut du changement et s’active en coulisse. Ainsi, et sans trembler, le géant espagnol modifie son trio de milieux terrain le plus déséquilibrant de son histoire récente et prend la décision de signer deux meneurs de jeu. Le premier, et joueur fondamental de ce nouveau départ, est Toni Kroos.

Le milieu de terrain allemand arrive en provenance du Bayern Munich après une saison sous les ordres de Pep Guardiola qui l’a profondément changé. En effet, le numéro dix  qui décroche fréquemment et qui se rend disponible sur toute la largeur pour créer le surnombre évolue. Kroos est désormais un joueur de participation constante, qui ne s’éloigne plus de la phase d’élaboration. Toutes proportions gardées, il devient le Xavi Hernandez du Bayern Munich.

En ce sens, les intentions du Real sont claires. Remplacer l’ultra déséquilibrant et imprévisible Di Maria par l’infaillible métronome Kroos. Chasser le chaos pour faire place au contrôle. Tout semble en bonne voie. Mais, à moins d’une semaine de la fin du mercato, la sentinelle et relais d’Ancelotti sur le terrain, Xabi Alonso, quitte le club. Les circonstances sont floues, mais en définitive, Ancelotti et Kroos se retrouvent dans une situation compliquée. La possibilité d’effectuer une transition en douceur vers le poste de sentinelle, comme on pouvait l’anticiper, n’est plus. Le numéro 8 allemand doit être lancé sans plus attendre et apprendre à la dure.

Kroos n’a jamais évolué à ce poste. Cette mutation forcée s’annonce comme un défi. Le milieu allemand possède une superbe capacité d’apprentissage, illustrée notamment avec Guardiola. Mais le rôle de sentinelle (mediocentro en espagnol) est sans doute le plus complexe sur un terrain de football. Avec sa position stratégique sur le terrain, il conditionne son équipe. Tant par son style que par son approche. Si l’on s’attarde sur ses principales fonctions, le joueur qui évolue devant la défense doit :

  1. en phase d’élaboration et de transition offensive : faire le lien entre la défense et le reste de l’équipe au moment de la relance, en choisissant la meilleure option suivant le positionnement des 22 pièces sur le terrain ;

  1. en phase d’attaque : offrir une ligne de passe postérieure au ballon de manière cohérente avec sa circulation tout en se préparant à une éventuelle perte de balle ;

  1. en phase de transition défensive : intégrer l’animation défensive, en s’acquittant de la tâche la plus adaptée (pressing, faute tactique, couverture d’un poste, défense de zone) ;

  1. en phase défensive : couvrir la zone centrale devant la défense en fonction de la présence de l’adversaire et se comporter comme une pièce intégrale du système défensif jusqu’à la récupération du ballon. Le tout, en accord avec le jeu de son équipe.

Il s’agit là d’une fonction clé. Une équipe de foot, quelles que soient ses ambitions, ne peut se permettre d’avoir une sentinelle qui prend de mauvaises décisions, sans souffrir de grosses conséquences. Kroos a-t-il les qualités nécessaires pour évoluer dans un tel rôle ?

Après une saison et demie, avec une première période d’assimilation d’environ 8 mois, on peut l’affirmer. La route a été difficile, parfois coûteuse, mais le milieu de terrain allemand comprend désormais la fonction de sentinelle. Surtout, il s’y identifie. Attardons nous sur ce point.

Phase d’élaboration ;

Dès la phase de construction, Kroos démontre qu’il sait s’adapter naturellement à son nouveau rôle. Sa mobilité est totale et sa disponibilité excellente. Quelle que soit la situation. S’il faut relancer face à un marquage de zone ou pour déjouer un pressing agressif, Kroos se rend disponible : il oriente son corps face au passeur de façon à bien réceptionner le ballon, et ce sur toute la largeur du terrain. Si c’est nécessaire, il prend une position de défenseur central. Même après une simple touche. Le joueur s’est complètement responsabilisé dans les phases de construction. En situation de relance pure, comme lors des situations ou son équipe est installée plus haut, il constitue une ligne de passe quasi-constante derrière la balle.

Une fois le ballon dans les pieds et face au jeu, le joueur illustre ses meilleures qualités. Sa lecture du jeu est sensationnelle, au point qu’il est rare de le voir faire un mauvais choix avec le ballon. Sa technique de passe est quasi parfaite. Son pied droit distribue les ballons au millimètre près. Son pied gauche est excellent. Il ne souffre d’aucune limite au moment de passer le ballon. Il peut envoyer un ballon tendu dans l’axe pour servir un coéquipier qui vient servir de pivot, lancer une passe aérienne dans le dos de la défense, comme effectuer un changement d’orientation pied droit ou pied gauche si c’est le seul moyen qu’il a de faire progresser l’action. 95% du temps, le récepteur reçoit le ballon dans des conditions tellement favorables qu’un simple contrôle sans changement de direction suffit. C’est impressionnant. D’autant plus pour un joueur qui participe autant et qui mélange passes courtes, ballons tendus, longues diagonales et changements d’orientation.

En effet, s’il perçoit une bonne option de passe entre la défense et le milieu adverse, il la saisit sans trembler. Et s’il voit un appel en profondeur qui peut rapidement finir en but, il sait également le servir. Lorsqu’il réalise une transmission dans les pieds, le ballon peut arriver un poil lentement mais n’est jamais trop appuyé. Quand il passe dans l’espace, en revanche, c’est le contraire. En particulier dans la profondeur. Le ballon arrive un peu trop fort et c’est la principale raison de ses rares échecs dans cette situation.

Au delà de ses talents de passeur, l’Allemand demeure un joueur sérieusement limité avec le ballon. Il ne possède ni sophistication, ni agilité particulière pour le manier. Ainsi, il ne conduit le ballon que s’il y est forcé ou voit une ouverture claire, en s’appuyant sur sa protection de balle, véritable bouclier de son identité de footballeur. Même lorsqu’il conduit la balle sur une distance moyenne, il arrête systématiquement sa course après avoir dépassé ses premiers obstacles. Le joueur est conscient de ses limites tant techniques que physiques ainsi que du caractère très dangereux d’une perte de balle à son poste. Il se comporte en conséquence. C’est un milieu de terrain très responsable. Un élément de très grande fiabilité avec le ballon.

Même s’il n’a pas de limite en tant que passeur, le joueur a une prédisposition très claire à faire progresser son équipe en bloc. Lorsqu’il relance, Kroos implique généralement les latéraux pour faire monter la ligne défensive. Le cas échéant, il cherche à s’associer avec ses milieux de terrain pour gagner davantage d’espace vers le but adverse. S’il perçoit que son équipe est relativement bien positionnée, il s’en remet généralement à ses milieux de terrain tout en se maintenant comme ligne de passe derrière le ballon et en se déplaçant sur la largeur suivant l’évolution du jeu. En bon ancien élève de Guardiola, Kroos pense à ordonner son équipe et préparer le terrain avant de chercher à accélérer.

Cette approche bien marquée et sa grande disponibilité dès les phases de relance en font un joueur très influent. Que son équipe le veuille ou non, en s’impliquant autant dès les premières passes et en imposant par la suite son football, Kroos détermine son jeu. Dans l’absolu, c’est une chose positive. Un joueur qui prend systématiquement la bonne décision dès la phase de construction permet d’exercer un certain contrôle sur le match. Les problèmes apparaissent lorsqu’il est dépassé et que son équipe ne perd pas le ballon dans de bonnes conditions. Dès lors, les carences et limites du joueur apparaissent.

En transition défensive, deux évidences s’imposent. En premier lieu, Kroos est lent. Dans sa mécanique comme dans sa vitesse de course. Son accélération est correcte, mais au delà de 5 mètres, il est facile de voir à quel point courir sur des distances moyennes ou longues, même en situation avantageuse, excède son potentiel. A cette lenteur s’ajoute également une grande rigidité corporelle. Que ce soit au moment d’effectuer un changement de direction naturel ou agressif. Lorsqu’il est forcé de se retourner rapidement, Kroos souffre énormément. Par conséquent, toutes les situations de jeu où il est forcé d’évoluer dos au but avec une certaine pression le poussent à limiter ses interventions à une passe latérale ou, le plus souvent, en retrait. Le joueur n’est pas équipé pour se remettre face au jeu efficacement ou éliminer un adversaire. Cela limite énormément sa capacité à évoluer plus haut sur le terrain. En second lieu, Kroos n’est pas un footballeur intense par nature. Il faut comprendre qu’il est très rare de le voir pousser son niveau d’engagement au maximum, quels que soient le sens et la durée de son effort.

En ce sens, son comportement au moment de presser apparaît clairement comme une anomalie. Qu’un joueur avec de telles caractéristiques physiques et techniques dépense autant d’énergie sur cet exercice n’est pas rationnel. En effet, Kroos joue ses secondes les plus intenses dans deux situations. Lorsqu’il est en position de dernier défenseur, forcé de courir vers son but, et lorsqu’il sort au pressing sur un adversaire. En soi, la première situation est normale. Dans les cas extrêmes, les joueurs ont naturellement tendance à tout donner, à se dépasser au-delà de leur identité. Le second, en revanche, n’a rien d’un cas extrême. L’explication se trouve, sans aucun doute, dans l’année passée avec Pep Guardiola. L’entraîneur espagnol, en plus d’avoir transformé le jeu de Kroos, lui a inculqué des concepts forts de pressing. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le n° 8 du Real les a intégrés.

Ainsi donc, Kroos sort presser de manière agressive et avec grande intensité. Il prête une attention particulière à la phase de lecture et sort avec détermination pour voler le ballon. Si cela est impossible, il essaye de coincer son adversaire vers une passe en retrait. Et si ce dernier se trouve tout de même en mesure de passer le ballon vers l’avant, l’Allemand essaye de le gêner au maximum. Il le fait donc avec implication et selon un but précis, en s’adaptant à la situation.

Malgré la très bonne disposition du joueur dans cet exercice, son succès est toutefois à relativiser. En effet, il dépend énormément de ses coéquipiers. Défendre est un effort collectif et le pressing fait partie des phases défensives. En ce sens, tout dépend du contexte et de l’exécution de son équipe. Kroos ayant suivi les ordres de trois entraîneurs relativement différents depuis son arrivée, on peut le voir provoquer une perte de balle ou forcer une passe autant qu’échouer. Dans le pire des cas, l’Allemand favorise même la progression de l’équipe adverse et fragilise la structure de son équipe. Et c’est sans doute le point qui explique encore pourquoi il ne fait pas l’unanimité dans ce rôle.

Si le milieu de terrain madrilène est complètement battu et que l’action se poursuit dans son dos, il ne cherche pas à corriger. Le plus souvent, il redescend en trottinant vers son but, en observant l’évolution de l’action. Il illustre le comportement opposé à celui de la phase de pressing. Comment l’expliquer ? En deux temps.

D’abord sur les plans technique et mental. Les carences physiques du joueur sont une véritable limite dont il a conscience. Comme mentionné plus haut, il est régulièrement battu sur des courses de moyenne distance, même s’il n’est pas initialement en retard. De fait, les corrections défensives qui exigent un sprint et ou plusieurs changements de directions violents constituent un groupe d’efforts auquel Kroos ne semble pas disposé. Ici, la véritable barrière est mentale : il sait qu’il est naturellement désavantagé ; de ce fait, il décide de limiter son implication à une tentative de pressing. Par ailleurs, cela s’explique par la nature du joueur. Toni Kroos est un joueur créatif, sans intensité, qui évoluait il y a encore deux saisons comme numéro 10 au Bayern Munich. Il n’a donc pas de prédisposition naturelle ou de formation académique à chercher à outrepasser ses limites physiques, comme pourrait le faire un milieu défensif, qui, au-delà de ses capacités, va chercher à corriger et à défendre coûte que coûte, parce que c’est son rôle.

Dans tous les cas, le faible effort qu’il présente après un pressing infructueux a un impact systématique sur la structure défensive de son équipe, en plus de la forte image qu’il laisse. La plupart du temps, son binôme comme pivot en phase défensive et les défenseurs centraux s’adaptent bien, mais l’équipe n’en demeure pas moins fragilisée. Avec une marge quasi nulle en terme de progression physique, le joueur n’a pas beaucoup d’options. Apprendre à souffrir davantage ou adapter ses courses de pressing à l’attitude défensive de son équipe. Sinon, son équipe continuera d’en souffrir.

Au delà de ce troublant contraste entre pressing et repli, le comportement de Kroos en transition défensive est relativement bon, bien que limité et perfectible. Il est capable d’offrir une bonne couverture à un latéral ou un défenseur central du moment que la distance à couvrir n’est pas trop longue. En revanche, comme expliqué plus haut, s’il doit couvrir un espace important à grande intensité, ses limites apparaissent à nouveau. Il essaie alors de raccourcir la distance à couvrir en expulsant un autre joueur vers la plus grande distance de course. S’il est trop éloigné pour effectué un pressing, sa tendance naturelle est de reculer avec sa ligne défensive en essayant de former une structure cohérente.

Quand l’adversaire entre dans sa zone, l’Allemand n’hésite pas à tenter une intervention et manifeste une technique défensive acceptable. Son timing au moment de mettre le pied est bon. Il va rarement au sol, mais n’a pas peur de le faire. En addition, on peut noter de sérieux progrès lors des derniers mois en termes de concentration dans les efforts défensifs. Le joueur déconnecte rarement, à moins d’être largué (cf. pressing) dans une position trop haute.

En phase défensive, son positionnement est bon, mais également perfectible. L’Allemand se place dans la bonne zone mais pas souvent à l’endroit idéal, et recevoir le ballon dans son dos reste une possibilité pour ses adversaires. La faute, clairement, à un manque d’expérience à ce poste. Face au jeu direct, le numéro 8 merengue se positionne comme récepteur du rebond à moins de voir le ballon directement lui arriver dessus. Sa détente verticale est correcte mais ne lui permet pas de marquer de différences.

De manière générale, Kroos sait se déplacer en fonction de l’action et bascule correctement. En revanche, il se montre impatient en défense positionnelle et cherche souvent une opportunité pour presser l’adversaire avec les risques que cela peut impliquer pour son équipe. Si l’action va jusque dans la surface de réparation, le joueur suit en se montrant fidèle à sa zone. Il n’a pas de geste impulsif ou de réactions à chaud face au danger. L’Allemand reste froid et ne met le pied que s’il est certain de son geste. Il arrive fréquemment qu’il sorte de la zone de l’action et se propose comme une ligne de passe devant le ballon alors que la récupération n’est pas actée.

Lorsque c’est fait, il offre à nouveau sa meilleure version. Lecture de la situation et décision mathématique sur la marche à suivre. Le tout avec un sang froid remarquable. Mentalement, le milieu allemand est très fiable. Froid, concentré, déterminé. Son bagage correspond relativement bien au poste qu’il occupe.

La phase d’attaque positionnelle synthétise ses qualités et défauts. Il est une ligne de passe constante parallèle ou derrière le ballon, qui participe activement à la construction des offensives. Il sait accélérer, calmer ou recycler la possession. S’il est pressé, en revanche, il a tendance à souffrir et peut occasionnellement perdre le ballon suite à un contrôle maladroit. La lenteur de sa gestuelle balle au pied et son manque total de virtuosité font qu’il peut être facilement forcer à faire une passe qu’il n’a pas réellement choisie en premier lieu. Si c’est le cas, il a du mal à contribuer de manière productive aux offensives de son équipe. Néanmoins, le joueur sait créer des espaces pour ses coéquipiers de manière intelligente. Toujours à son rythme et sans urgence, Kroos attire son marquage de façon à ouvrir une voie pour l’un de ses défenseurs ou milieux. Grâce à sa mobilité et lecture, le joueur contribue au jeu sans le ballon. Sa technique de tir est superbe, est très complète et on peut noter que Toni a un réel talent pour choisir la surface la plus adaptée suivant la situation. Mais il ne tente que rarement de prendre une position favorable à un tir du fait de son importance dans la structure défensive.

Kroos n’a jamais été un joueur qui attaque les espaces. Ses deux dernières années avec Pep et Ancelotti ont rayé toutes possibilités à ce niveau. A moins de voir son équipe rencontrer de sérieux problèmes à passer la première ligne, l’Allemand maintient un positionnement à la base du jeu. Même lorsqu’il est amené à évoluer comme relayeur (interior en espagnol), il démontre qu’il est désormais une vraie sentinelle. Il décroche afin de participer à la phase d’élaboration et se positionne le plus souvent avec le corps en diagonale de façon à former une ligne de passe pour sa défense tout en ayant le meilleur champ de vision possible pour la décision qui suit.

Enfin, on peut noter qu’il est un excellent tireur de coups de pied arrêtés, comme dans toutes les autres actions qui consistent à frapper la balle. Il sait mettre un effet enroulé et trouver un partenaire. Sans surprise ni la distance ni la présence d’opposant n’est un problème. En phase défensive, il participe activement au marquage de zone mais ne se retrouve dans une position de participation active que très rarement. Au milieu d’un groupe important de joueurs intenses, l’Allemand est très rarement le premier intervenant.

En définitive, après un an et demi d’expérience sur cette position, il ne fait aucun doute que Kroos est désormais une sentinelle. Son comportement durant les phases de construction, même lorsqu’il est déployé dans un rôle différent, le présente clairement comme un joueur appartenant à la base du jeu. Le joueur s’identifie comme le lien entre sa défense et son milieu. Il se comporte comme un point intermédiaire entre les deux durant tout le match. Il n’illustre ni mouvement ni attitude suggérant qu’il devrait évoluer ailleurs. Ses limites physiques et techniques sont même de sérieux arguments contre un changement de position. Kroos est un passeur fantastique, très disponible, sans la moindre fantaisie qui joue au football lentement. Il n’y a pas de rôle qui le favorise davantage en termes de temps et d’espace que celui de sentinelle. Le seul point négatif, qui fait office de parasite dans le jeu de l’Allemand, est le contraste frappant qu’il présente entre pressing et repli. Mais il faut bien comprendre une chose : ce défaut a une date butoir. Kroos est un joueur cérébral qui va adapter son attitude à sa fonction. Comme il l’a toujours fait. A ce moment là, quand il aura ajusté son comportement, il fera certainement l’unanimité. Mais qu’on ne s’y trompe pas, le joueur est déjà un sentinelle. Son football est clair.

Reconnaitre leur qualité

Reconnaitre leur qualité

Pour son premier match comme entraîneur du Real Madrid, Zidane a effectué plusieurs changements par rapport à la dernière équipe de Benitez. Il a légèrement modifié l’équipe de départ, le positionnement de quelques joueurs, et on a également pu constater l’apparition de nouvelles consignes collectives. Concrètement, les madrilènes ont cherché à construire leur jeu en sortant le ballon avec des passes courtes, en évitant le jeu long et de manière générale, l’équipe s’est montrée plus agressive sans le ballon et moins directe avec. Les joueurs ont souvent pris le temps de se regrouper après une récupération de balle avant de se diriger vers le but adverse.

Est-ce assez pour expliquer cette large victoire face au Dépor ? Pas vraiment. Dans les faits, ces nouvelles consignes ont été exécutées de manière lente et approximative. La relance était laborieuse, le pressing désorganisé et la circulation du ballon n’a jamais vraiment atteint un rythme suffisant pour déséquilibrer le bloc adverse. Logique bien sûr. Après cinq jours d’entraînement, il ne peut en être autrement.

On peut d’avantage expliquer cette large victoire par changement dans l’attitude des joueurs. Par attitude, je ne veux pas parler d’effort et de mètres parcourus, mais de comportement au moment de décider quoi faire avec le ballon. En effet, on a pu voir de manière assez prononcée, que les joueurs ont essayé de garder le contrôle du ballon, au risque de se mettre en danger à plusieurs reprises. Ils ont semblé plus enclins et confiants à l’idée d’utiliser leur technique. Cela peut paraître anecdotique mais cela ne l’est pas.

Durant la très courte ère Benitez, le groupe n’a jamais vraiment semblé connecté avec son entraîneur et sa manière de voir l’équipe. Le technicien espagnol ne manque pas de connaissances en matière de tactique et d’organisation d’équipe, pourtant, ses consignes n’ont pas atteints les joueurs et son discours a même été contesté publiquement par le capitaine de l’équipe.

Clairement, le contexte initial était compliqué. En remplaçant un entraîneur adoré par les joueurs et en venant d’un périple peu convaincant avec Naples, Benitez a entamé son aventure merengue avec un crédit limité auprès de ses nouveaux joueurs. Par la suite, il est clair que certaines de ses interventions publiques n’ont pas aidé sa cause. Mais au delà d’une communication problématique et de sa trajectoire peu enthousiasmante, ce qui est certainement la cause principale de ce rejet des joueurs, c’est le message. Le fond associé au football qu’il a voulu implanter.

En soit, jouer un football direct ou chercher le contrôle du ballon n’est pas bon ou mauvais. Convainquant ou non convainquant. Et s’il est clair que l’effectif madrilène est majoritairement composé par des joueurs offensifs, la richesse du groupe et les variantes qu’il offre permettent la pratique de jeu variés. Le problème survient lorsque l’effectif à disposition y voit un caractère réducteur, voire négligent de son talent. Là, la tache s’avère très compliquée. Avec du recul, il est assez clair que malgré de bonnes intentions, Benitez a pris une série de décisions reflétant une confiance mitigée envers le talent de ses joueurs. Récapitulons certaines de ces décisions:

·        Collectivement, on a vu le Real chercher à jouer un football direct, en sautant régulièrement sa ligne de milieux de terrain et abandonner le contrôle du ballon pour essayer de dominer les espaces. Souvent avec un repli proche de son propre but après avoir ouvert le score.

·        Individuellement, on a pu voir Cristiano Ronaldo éloigné des phases d’élaboration et de désorganisation de l’adversaire et réduit à un rôle de finisseur. Isco et James ont également été éloignés du cœur du jeu (l’axe) et confinés à des rôles d’ailiers. De plus, l’organisation de l’équipe et la préparation des offensives a perdu énormément de considération, avec l’entrée de Casemiro en lieu et place de Kroos, avec des conséquences inévitables sur le style de jeu l’équipe et son potentiel.

Toutes ces décisions, collectives et individuelles, qui comportent des pour et des contre, ont sans aucun doute agacé un groupe qui, déjà peu enclin à un changement d’entraîneur, a fini par rejeter le football proposé par l’entraineur espagnol. On peut questionner le professionnalisme des joueurs, pointer du doigt leur attitude et rappeler qu’ils sont des employés sous contrat, mais il ne faut pas oublier que tous ceux présents durant l’ère Mourinho puis les deux années de Carlo Ancelotti ont a moment ou à un autre, démontré un niveau de détermination et d’implication de très niveau haut. En clair, il ne s’agit pas d’un manque de sérieux, mais plutôt d’un manque de conviction.

Demander à un groupe de joueurs de très haut niveau d’abandonner le ballon, quand ils n’ont rien gagné ensemble ni accumulé un vécu, et que le rival direct est une équipe de dimension historique, est compliqué mais réalisable. Demander à un groupe de joueurs exceptionnel d’abandonner le contrôle du ballon alors qu’ils sont conscients de leur qualité, et qu’il ont prouvé qu’ils peuvent gagner le plus prestigieux des trophées  et remporter énormément de matchs en développant un football à la hauteur de leur niveau technique a extrêmement peu, voire aucune chance de les séduire.

Et c’est bien là toute la clé. Séduire les joueurs. Les avoir impliqués. Sans ça, il n’y a ni équipe, ni compétitivité. Benitez a tristement échoué sur ce point, mais Zidane, qui connaît très bien l’effectif, semble bien conscient de son importance. Et c’est sans aucun doute la chose la plus encourageante pour le Real après ce premier match. Pas le score final de 5-0, pas la double titularisation de Isco et Carvajal ou même le triplé de Bale. Mais plutot le fait que le nouvel entraîneur du Real, tout novice qu’il est, a fait un premier pas pour succèder dans le prérequis le plus fondamental de sa fonction : Il a reconnu, sur et en dehors du terrain, l’énorme qualité de ses joueurs.